Cité de la dentelle et de la mode - Calais
En août 2021, je suis invité à réaliser une peinture au sol dans la cour de la Cité de la dentelle et de la mode, à Calais. Cette œuvre monumentale prend place dans une ancienne usine devenue musée, au cœur d’une ville marquée par la présence de personnes exilées, harcelées et agressées, au quotidien, par la police.
Note de l’artiste
J’ai consacré une semaine à la réalisation de cette oeuvre à la peinture routière. Pensée pour durer plusieurs années, elle évoque une dentelle géante, mais aussi, pour certains, une solidarité qui se perd ou se fragilise. J’y retrouve des thèmes qui traversent mon travail : l’entraide, les migrations et la possibilité de vivre ensemble, en paix.
Ce projet a pourtant été accompagné d’un dilemme. L’esquisse que j’avais proposée, représentant notamment des barbelés et des personnes noyées, a été refusée par la mairie, au motif qu’elle était trop politique. Pour moi, il était difficile d’imaginer intervenir à Calais sans évoquer la situation des personnes exilées qui y vivent, qui y survivent.
J’ai hésité entre renoncer au projet, aller à l’encontre de mes convictions ou accepter de modifier ma proposition. J’ai finalement choisi de réaliser la fresque, en m’éloignant de l’esquisse initiale. Mais je ne voulais pas que cette image abandonnée disparaisse complètement.
J’ai donc adapté mon dessin en une sérigraphie tirée à 40 exemplaires. L’intégralité des bénéfices a été reversée à l’Auberge des Migrants, association qui apporte une aide primordiale, matérielle et alimentaire aux personnes exilées à Calais.
Avec le recul, ce projet reste pour moi un exemple des tensions qui peuvent exister entre une commande artistique, le contexte dans lequel elle s’inscrit et les convictions que l’on souhaite défendre.
À propos
Peinture au sol réalisée en août 2021 dans le cadre du Street Art festival de Calais.
Cité de la dentelle et de la mode, Calais, France.
En parallèle de la fresque, une sérigraphie éditée à 40 exemplaires a permis de reverser l’intégralité des bénéfices à l’Auberge des Migrants.